Gastronomie d'en Périgord - L'encyclopédie gastronomique de la Dordogne
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L'éPOQUE ROMAINE


Les Romains de la décadence (Couture). Les banquets orgiaques ou la vie des patriciens de la Rome impériale

 

Au IIe siècle
Le décret de Didius Julianus qui, en 193 après J.-C., interdisait ripailles et festins aux citoyens romains ne fit que provoquer les ricanements des classes aisées. Contrairement à la plèbe innombrable, elles menaient une vie de débauche, et les Romains ne respectèrent pas les ordres impériaux : Julianus fut assassiné moins d'un an après son couronnement.

La recherche de l'exotisme
Au IIe siècle après J.-C., la cuisine romaine impériale était reconnue pour utiliser des produits provenant du monde entier. Les envahisseurs revenaient avec des ingrédients, des épices et des modes de cuisson et de préparation de tous les pays conquis, ce qui résolut d'emblée les problèmes alimentaires de l'empire alors en pleine expansion.
Un chef expérimenté travaillait dans chaque foyer romain aisé et jouissait d'un statut et d'un salaire considérables. On raconte que l'empereur Antoine s'extasia tant sur le repas, concocté pour lui et Cléopâtre, qu'il fit présent d'une maison au cuisinier! Des produits de toutes les contrées de l'empire arrivaient donc à Rome : épices d'Orient, farine d'Égypte, huile d'Espagne, fruits secs d'Afrique du Nord, vins et saucisses de Gaule, huîtres d Angleterre... ainsi que des nouvelles techniques de cuisson et de conservation. Alors que les pauvres devaient se contenter du menu traditionnel surtout constitué de pain (que l'État distribuait gratuitement à ses citoyens dès le te' siècle avant J.-C.), de bouillies de céréales, d'huile et de légumes, les puissants avaient coutume de surprendre leurs amis en leur servant des aliments exotiques, parfois jusqu'à l'absurde. Ce n'était pas tant le goût qui comptait, que la capacité du chef à étonner les convives.

L'art de recevoir
L'art de recevoir s'exprimait jusque dans le choix du nombre idéal d'invités pour un banquet : pas moins de trois (comme les trois Grâces) et pas plus de neuf (comme les Muses). Les demeures cossues avaient toutes un salon réservé aux réceptions, et certaines une salle à manger attenante. La cuisine, au bout de la maison, comprenait un certain nombre de plans de cuisson et de fours. On cuisinait aussi dans la cour. En revanche, il n'y avait pas de cuisine dans les maisons étroites et hautes des pauvres, qui préparaient leurs repas dans les cours et mangeaient surtout dehors.
Les salons de réceptions des nantis comportaient trois couches disposées en U, qui pouvaient accueillir trois convives. On attribuait à chacun son esclave, qui le déchaussait, lui lavait les mains et les pieds et le servait tout au long du repas. De nombreux esclaves travaillaient aux cuisines. Chacun avait son savoir-faire et sa spécialité. Les serviteurs qui présentaient les repas étaient choisis en fonction de leur apparence extérieure. Les plus beaux servaient le vin, tandis que les plus laids étaient chargés du feu.
Les riches consommaient trois repas par jour : le petit déjeuner vers huit heures, le déjeuner à onze heures ou midi, et le repas principal, le dîner, servi dès le début de l'après-midi, et qui se prolongeait parfois jusque dans la nuit, se terminant par un bal et un programme artistique composé de poésie, de musique, de danse et d'acrobatie.
Le dîner classique se constituait d'une entrée, d'un plat de résistance et d'un dessert. L'entrée (gustus) présentait un assortiment d'apéritifs et de horsd'oeuvre, de plats à base d'oeufs, de salades de légumes frais et cuits, de pâtés, de viandes froides, de poissons et de fruits de mer. Le plat principal (cena) comportait au moins trois sortes de viandes grillées et rôties, des volailles, du gibier et du poisson. Parmi les desserts (secundae mensae), on comptait des fromages, des fruits frais et confits, des pâtisseries, des confitures et des sucreries. Les plats étant particulièrement copieux, les invités trop gavés sortaient s'alléger dans des bassines disposées à cet effet, et rentraient continuer la collation. On mangeait avec les doigts, les aliments étaient posés directement sur les tables après avoir été coupés, par les nombreux serviteurs, en morceaux faciles à mettre en bouche. Le pain, présent à chaque repas, servait aussi de cuillère.

Apicius, précurseur du livre de recettes
Coquinaria de re, attribué à Apicius et considéré comme le premier livre de cuisine de l'histoire humaine, est une source d'information capitale sur les aliments de la Rome impériale. Apicius était un gourmet notoire du le, siècle qui mit fin à ses jours lorsqu'il apprit que sa situation financière ne lui permettrait plus de s'offrir les délices qu'il appréciait tant. Il est surprenant de constater que la publication de cet ensemble de recettes date de quelques centaines d'années après sa mort.
Les recettes dApicius prouvent combien les goûts des Romains différaient des nôtres. Ils préféraient les aliments très relevés, noyés dans les sauces et les jus. L'assaisonnement camouflait parfois le goût originel du mets. Une des sauces les plus célèbres et les plus répandues était le liquamen, ou garum, à base de poissons fermentés qu'on laissait macérer avec du sel et des épices pendant très longtemps jusqu'à ce qu'il en sorte un liquide concentré et très fort. Ce liquamen, servant à assaisonner et à saler toutes sortes d'aliments, était fabriqué dans des usines spéciales dont les plus réputées se trouvaient dans la région de Pompéi. Les Romains étaient prêts à tout avaler. Plus un plat était étonnant, plus le prestige du cuisinier grandissait. Ainsi l'on trouve du talon de chameau, de la langue de flamant et de la viande d'âne. II semble qu'ils aient également eu un penchant pour le sucré et que viandes, poissons et légumes étaient agrémentés de miel ou de diverses sauces aigres-douces. De nombreuses recettes mêlaient viandes et poissons, que les Romains aimaient aussi déguster à part, après les avoir jetés dans une marmite transparente pour les regarder cuire.
Si les recettes que nous a léguées Apicius décrivent les mets indispensables à chaque plat et leur préparation, elles ne précisent pas les quantités.

 

Fresque de Pompeï ; le romains adoraient les oeufs et les volailles
 
    Sources : Christian GUY, Histoire de la gastronomie en France, éd. Nathan - Histoire de la cuisine et des cuisiniers, et des techniques culinaires et pratiques de la table, en France, du Moyen Age à nos jours - E. Neirinck et J.P. Poulain - éd. J. Lanore - photo : Manuscrit du Viandier de Sion, vers 1300, Bibliothèque cantonale du Valais (Fêtes gourmandes au moyen âge - Imprimerie nationale Editions)