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l'absinthe

PANACÉE DANS L'ANTIQUITÉ, HERBE SAINTE AU MOYEN ÂGE,,., L'ABSINTHE CONNUT DES REVERS DE NOTORIÉTÉ AU DÉBUT DU XX"SIÈCLE AVEC LA « FÉE VERTE », LA DÉMONIAQUE BOISSON DES POÈTES.

Couleur douce et laiteuse, vert au charme suranné comme jauni par les rayons de soleil estivaux, douceur trompeuse camouflant une redoutable amertume. Si forte que, pour faire avaler l'absinthe aux enfants anémiés et sans appétit, les Romains doraient le bord de la coupe de miel blond, et que Varron recommandait d'en saupoudrer les réserves de blé pour les garder des vers et des souris. Mêlée à l'encre, elle était censée protéger les manuscrits des dents acérées des vrais rats de bibliothèque. Cette amertume eut tôt fait de devenir proverbiale : « La vie est cruellement mêlée d'absinthe » ou encore, toujours sous la plume de Mme de Sévigné, « avaler son absinthe », subir avec patience une chose désagréable.
Un peu poison, l'absinthe est donc aussi un peu femme - rictus narquois masculins - du genre des armoises, plantes d'Artémis, déesse de la vie sauvage mais surtout de la femme. Cette divine origine inspire la sagesse populaire qui recommande une tasse d'infusion d'Artemisia absinthium L. pour faciliter la venue des menstruations. Rien de tel pour calmer les humeurs acariâtres et bilieuses toutes féminines, pontifiera la Faculté à la Renaissance.
Panacée dans (Antiquité, « herbe sainte » au Moyen Âge, l'absinthe fut d'abord ange puis démon sous la forme d'un sulfureux breuvage fort en vogue à la fin du XIXème siècle et interdit en mars 1915 « pour la préservation des artisans de la défense nationale ». Dès son introduction en France via Pontarlier, la liqueur d'absinthe originaire de la pacifique Suisse fit l'objet d'un réel engouement. La culture de la plante se développa dans le sud de la France.

Alcool fétiche de Verlaine, Baudelaire, Rimbaud, Maupassant, la « fée verte » envoûtera rapidement tous les cercles de la société. Son effluve si particulier flottait aussi bien autour de l'infâme caboulot que du riche café des grands boulevards. Phénomène de société, l'absinthisme et ses effets sur le système nerveux, dus à l'huile essentielle de l'absinthe, la thuyone, alarmèrent l'État. Â partir de 1900, les autorités se mobilisèrent, « (absinthe voilà l'ennemie ». Fille de mauvaise vie, (ennemie capitula pendant la guerre avec ses alliés, l'anis, l'hysope, la badiane et le fenouil qui entraient dans la composition de la liqueur. Un amendement sauvera l'anis et le fenouil. Le jaune allait remplacer la verte, trop désespérante, et les assauts guerriers se firent au quart de rouge, bien plus tonique. Parfois, quand l'été cogne et que l'on n'a pas à être valeureux, il nous vient des envies de nous absenter dans le paradis maudit de la verte, histoire de rire avec la lune sans interdit...

Florence BOUDOU : "L'Esprit du Sud-Ouest" - été 2000

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