Gastronomie d'en Périgord - L'encyclopédie gastronomique de la Dordogne
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LA BéCASSE

"Ce dict, on apresta le soupper, et de surcroist feurent roustiz: seze beufs, troys genisses, trente et deux veaux, soixante et troys chevreaux moissonniers, quatre vingt quinze moutons, troys cens gourretz de faict a beau moust, unze vingt perdrys, sept cens becasses, quatre cens chappons de Loudunoys et Cornouaille, six mille poulletz et autant de pigeons, six cens gualinottes, quatorze cens hutaudeaux."
RABELAIS (1494-1553)


Tableau de François Lebert : http://membres.lycos.fr/lebert/
 

La Bécasse des bois (Scolopax rusticola Linné 1758).
C'est l'oiseau le plus connu et le plus répandu du genre Scolopax. Son aire d'extension est considérable : Europe, Asie, nord de l'Afrique. En Scandinavie, elle s'installe en limite du cercle polaire arctique, en Asie, stationne vers le 60° de latitude, elle atteint le Japon à l'est et la Chine au sud, à l'ouest elle fréquente la façade atlantique pour occuper à l'extrême ouest les îles Canaries, les îles des Açores, de Madère et même du Cap-Vert. Actuellement, on estime que la Bécasse des bois qui occupe les îles de l'Atlantique deviendrait endémique et serait présente toute l'année sur certaines de ces îles. Va-t-on vers la création d'une sous-espéce... comme pour la Bécasse des bois japonaises !!!

On signalera le cas de Scolopax rusticola Linné erratique accidentelle sur la côte est des Etats-Unis et même en Afrique noire.

Pour mémoire, nous rappellerons ses caractéristiques majeures : "Oiseau mystère par excellence, caractérisé par une morphologie spécifique: un crâne étroit, un bec long et pointu, des yeux situés très en retrait et vers le haut du crâne et assurant un champ de vision total, un conduit auditif en position antérieure sous-orbitaire et un plumage discret et magnifique aux teintes feuille-morte".

Sa force réside dans l'inconstance de son comportement, qui rend sa connaissance très difficile et qui l'a donc sauvé de tout élevage en captivité conduisant un jour à la domestication. A tout cela s'ajoute la variabilité de ses migrations, vies diurne et nocturne.

C'est un oiseau soigneux, discret même sexuellement car indifférenciable de l'extérieur : il faut fouiller sous les viscères pour confirmer son sexe. Parfois, il vient de loin : Russie, Finlande, Allemagne, Hollande, mais il peut être né en France dans le Jura, l'Ile-de-France, la Creuse ou l'Isère.

 

Pour compliquer tout cela, s'ajoutent les problèmes concernant son vocable scientifique utilisé pour le désigner : Limicole ou Humicole ! L'étymologie de limicole signifie oiseau qui habite les lieux marécageux et vaseux (du latin : limicola, soit limus = limon et colerer = habiter). Par contre, Dante Fraguglione inscrit la Bécasse dans une nouvelle catégorie : Humicole longirostre (humicole vient du latin humus = terre végétale, terreau, et colerer = habiter). Il ajoute longirostre pour souligner l'importance du bec (longirostre du latin longus = long, rostrum = bec). Nous n'envisagerons pas ici les caractéristiques biométriques de l'oiseau.


La Bécasse des bois ou Bécasse d'Amami
La Bécasse des bois ou Bécasse euro-asiatique a donné naissance à une sous-espéce ou variété, Scolopax rusticola mira Hartert (1916), c'est la Bécasse japonaise ou Amami Bécasse.

Cet oiseau fréquente les îles Ryu-Kyu situées au sud du Japon ; il occupe les mêmes biotopes que Scolopax rusticola. Cette sous-espéce se différencie de Scolopax rusticola par plusieurs caractères, notamment : l'orbite est cerclée d'une zone déplumée de couleur rosée ; les pattes sont plus fortes et les doigts plus longs ; la queue est plus grise à son extrémité et les sus-caudales sont plus claires, ocre-roux ; les taches noires scapulaires et du dos sont nettement plus marquées et ont des reflets vert olive ; le poids est d'environ 10% supérieur à celui de Scolopax rusticola ; le bec est plus fort et le front plus plat que celui de Scolopax rusticola ; la plume du peintre également est plus grande et le poussin est roussâtre.

 

Une recette de salmis de bécasse

« II y a dans la pratique parisienne une première erreur : c'est de faire préalablement rôtir la bécasse. A-t-on jamais eu l'idée, pour donner plus de saveur à une fricassée de poulet, de débuter par faire rôtir le poulet ? Ce serait enlever à la fricassée sa fraîcheur et lui donner le goût d'un réchauffage. De même pour la bécasse : rôtie, il n'y aura plus entre elle et la sauce cet échange de pénétration pour l'une et de fumet pour l'autre, qui résulte de la fricassée de la bécasse crue. Donc, découpez votre bécasse en retirant et réservant les intestins; faire un roux dans lequel on mettra à revenir un hecto de petit lard, oignon, échalote, bouquet garni, un clou de girofle et quelques grains de genièvre écrasés, enfin trois gousses d'ail qu'on réservera, car il prendrait un goût trop fort si on le faisait revenir, sel, poivre. Lorsque le roux sera d'un blond foncé, mettre les morceaux de bécasse, ajouter l'ail et mouiller avec quatre décilitres de bon vin rouge. Après trente minutes de cuisson à petits bouillons, retirer les morceaux de bécasse qu'on maintient au chaud et mélanger à la sauce les intestins qu'on aura pilés avec quelques gouttes d'huile d'olive. Faire réduire la sauce jusqu'à ce qu'elle masque la cuiller et la verser à travers la passoire sur les morceaux de bécasse.
Une autre erreur de la cuisine parisienne c'est de réserver les intestins pour faire une farce et en masquer les
croûtons : c'est enlever à la sauce le meilleur de sa liaison et de son fumet.» par J. Ache


pour en savoir plus

http://perso.club-internet.fr/salah/artsebec.htm