LES ASSAISONNEMENTS
- LES éPICES - LES CONDIMENTS - LES AROMATES
Le verbe "assaisonner"
signifiait à l'origine : laisser mûrir un fruit jusqu'à
sa récolte, à la bonne "saison".
Aujourd'hui, le terme assaisonner,
dans la pratique courante, veut dire saler et poivrer une préparation
culinaire, un aliment, afin d'en développer la saveur et, par
extension, tout apport d'épices et de condiments divers qui modifiera
le goût originel du produit.
Les assaisonnements représentent
donc tous les épices, herbes aromatiques, condiments naturels
ou élaborés ajoutés à un mets pour le parfumer,
le relever, le colorer...
Les aromates sont généralement
issus de plantes ou herbes indigènes
des pays à climat tempéré, utilisées fraîches,
surgelées ou déshydratées.
Les épices proviennent
des pays chauds, équatoriaux et tropicaux où elle furent
découvertes par les grands navigateurs et colonisateurs, engendrant
un commerce et des profits considérables, on payait alors en
épices : d'où l'origine de l'expression "payer en
espèces". Elles représentent les parties séchées
de plantes aromatiques : feuilles, boutons floraux, baies, graines,
écorces, racines, et sont utilisées seule ou en mélange.
Les condiments sont classés
en fonction de leur origine :
- les condiments à saveur
salée : sel, salpêtre, glutamate de sodium, sels aromatisés,
de régime...
- les condiments à saveur sucrée : sucre, miel, fruits,
sirop d'érable, édulcorants de synthèse...
- les condiments gras : le beurre la crème, les huiles vévétales,
les graisses animales...
- les condiments à saveur ailiacée : ail, oignon, échalote,
cive, ciboulette, poireau...
- les condiments à saveur acre ou amère : zestes d'agrumes,
cacao, café...
- les condiments à saveur brûlante : poivre, piment de
cayenne, raifort,...
- les condiments à saveur rafraîchissante : la menthe fraîche,
le menthol...
- les condiment à saveur acide : les vinaigres, le jus de citron,
légumes et fruits confits au vinaigre; le verjus...
- les vins, les eaux de vie, les liqueurs de fruits et de plantes, - les fromages : gruyère,
parmesan, roquefort...
- les sauces et préparations industrielles : tabasco, ketchup,
worcestershire sauce, moutardes diverses, les chutneys, nuoc mam, oyster
sauce, sauce de soja, angostura...
- les essences aromatiques de vanille, de fleurs, de noyau, de café,
d'amandes amères...
- les garnitures aromatiques (matignons et mirepoix)...
- les truffes et jus de truffe
[...]
Quant aux épices, qui forment aujourd'hui le condiment principal
de toutes les sauces, elles commencèrent à devenir un
peu plus communes en France lorsque Christophe Colomb eut découvert
l'Amérique, et Vasco de Gama la route du Cap.
Mais, en 1263, elles étaient encore si rares et si précieuses,
que l'abbé de Saint-Gilles en Languedoc, ayant une grande faveur
à demander au roi Louis le Jeune, ne crut pouvoir mieux le séduire
qu'en faisant accompagner son placet par des cornets d'épices.
On appelait épices, et cette locution s'est conservée,
les cadeaux qu'on faisait aux juges.
Dans un pays presque entouré par la mer, comme la France, le
sel entra tout d'abord, et de toute antiquité, dans l'assaisonnement
de la viande et des légumes.
Le poivre, au contraire, n'est connu que depuis cent quinze ou cent
vingt ans : M. Poivre, natif de Lyon, le transporta de l'île de
France à la Cochinchine. Avant cette conquête, il se vendait
au poids de l'or ; et les épiciers qui étaient assez heureux
pour en posséder quelques onces inscrivaient sur le devant de
leur magasin : Epicier, Poivrier.
Il paraît que le poivre n'était pas si rare chez les anciens
Romains, puisque dans le tribut qu'Alaric leva sur Rome il y en avait
trois mille livres.
Les facultés intellectuelles parurent s'élever, par l'impulsion
des épices, à une plus longue surexcitation. Est-ce aux
épices que nous devons l'Arioste, le Tasse, le Boccace ? Est-ce
aux épices que nous devons les chefs-d'oeuvre du Titien ? Je
suis tenté de le croire : j'ai déjà dit que Léonard
de Vinci, le Tintoret, Paul Véronèse, Baccio Bandinelli,
Raphaël et Guido Reni étaient des gourmands distingués.
[...]
Alexandre Dumas, "Le Grand Dictionnaire de la Cuisine"
de M.E., collaboratrice de Toil'd'épice à Carcassone
(France)
Et pour une poignée de graines : plantes attestées
Il est absolument inexact que l'usage des épices soit un signe
de haute civilisation. Tous les peuples vivant encore selon des modes
primitifs connaissent ce goût, et l'archéologie nous prouve
que les hommes préhistoriques l'avaient aussi.
Les études portent sur la Préhistoire récente,
à partir du Néolithique (8000 à 5000 avant J.-C.
selon les sites étudiés).
La carpologie, étude des graines, des noyaux (le plus souvent
carbonisés) et la palynologie, étude des pollens conservés
dans la terre, nous permettent de mieux connaître les pratiques
culinaires de nos lointains ancêtres.
C'est dans les milieux humides que se sont le mieux conservés
les restes végétaux, en particulier dans les sites lacustres
de Suisse, Allemagne, Jura, Angleterre, Danemark…
Les villages construits dans les zones marécageuses des bords
de lacs, ont ensuite été abandonnés par suite de
la montée des eaux. L'eau a isolé de l'air les matières
organiques qui se sont ainsi conservées. Les fouilles récentes
en Suisse et en France dans le Jura, au bord du lac de Charavines, ont
livré une grande quantité de ces restes, soit sous forme
de graines carbonisées soit sous forme de préparations
dans des marmites de terre ou fragments de pain ou galettes.
Parmi les épices utilisées on trouve :
Le carvi (Carum carvi, apiacées ), graines carbonisées
dans les sites lacustres suisses 3500 avant J.-C. ce qui en fait la
plus ancienne épice utilisée en Europe.
Le pavot (Papaver somniferum, papavéracées ), presque
aussi ancien qui avait une triple utilisation : les graines servaient
d'aromates et à faire de l'huile, l'huile d'oeillette, le suc
des capsules servait de produit stupéfiant entre autres pour
les opérations chirurgicales. Il existe au musée de Zurich
un morceau d'un véritable gâteau au pavot provenant d'un
site lacustre.
Le genévrier (Juniperus communis, cupressacées )
L'origan (Origanum sp., labiées )
Le houblon (Humulus lupulus, cannabacées )
La bourse à pasteur (Capselle bursa-pastoris, brassicacées
)
La menthe (Mentha sp., labiées )
L'armoise (Artémisia vulgaris, astéracées)
La moutarde (Brassica sp., brassicacées )
Ces plantes sont bien sûr des aromatiques, mais aussi des médicinales
dont les vertus furent connues très tôt. L'exemple du pavot
en est une preuve certaine.
Nouvelle cuisine…
C'est à partir de la période néolithique que nous
commençons à connaître réellement les mœurs
culinaires de nos ancêtres.
Cette période commence 8000 avant J.-C. au Moyen Orient et aux
environs de 5000 avant J.-C. en Europe Occidentale.
L'invention de la céramique a permis d'avoir des ustensiles
de cuisson en terre cuite n'allant pas directement au feu mais étanches,
donc pouvant retenir les liquides. L'eau était chauffée
à l'aide de pierres brûlantes mises dans le foyer et jetées
dans les liquides de préparation pour les amener à ébullition.
Ces pratiques ont permis de varier le mode de préparation des
aliments en autorisant la cuisson à l'eau, en sauce, à
l'étouffée.
Il devenait donc possible d'ajouter des ingrédients à
des préparations, entre autres des aromates, qui venaient relever
le goût fade des viandes ou des végétaux.
Dans l'alimentation, les épices ont le double rôle de rehausser
le goût des denrées et de les conserver, mais elles sont
aussi utilisées pour leurs propriétés curatives
et ont aussi une fonction rituelle par leurs pouvoirs stupéfiants.
La culture des céréales a permis le stockage et la préparation
de galettes ou de pain aromatisés dont la cuisson directe se
faisait sur des galets plats posés dans le foyer.
Ces préparations ont quelquefois laissé des traces sous
forme de croûtes noirâtres ou de fragments calcinés,
dans les récipients en terre qui ont servi à les cuire.
Des résidus de cuisson ont pu être observés à
l'intérieur de récipients en céramique de l'Âge
du Bronze en Suisse (1800 avant J.-C.). Après étude, il
s'avère que ce sont des restes de préparations culinaires
: Bouillies de millet et d'avoine, bouillie de glands et fragments de
galettes de céréales aromatisées avec des condiments
tels que :
Origan (Origanum sp., labiées)
Menthe (Mentha sp., labiées)
Sarriette (Satureja montana, labiées)
Thym serpolet (Thymus sp., labiées)
Pavot (Papaver sp., papaveracées)
Bourse à pasteur (Capsella bursa-pastoris, brassicacées).
" Garçon, un demi pour le Sapiens Sapiens ! " - La
bière
La bière est sans aucun doute la boisson alcoolisée la
plus ancienne connue par l'homme. Au Moyen Orient les techniques de
brassage sont attestées dès le Néolithique (8000
avant J.-C.)
En Europe septentrionale, la bière servait aussi pour honorer
les morts qui étaient enterrés avec nourriture et boisson.
On a retrouvé, en Scandinavie, des traces de bière dans
des récipients trouvés dans des tombes de l'âge
du Bronze (2000 avant J.-C.). Cette bière était aromatisée
de :
Myrte bâtard (Myrtus communis, myrtacées)
Achillée (Achillea millefolium, astéracées)
Romarin des marécages
Reine des prés (Filipendula sp., rosacées)
Primevère (Primula sp., primulacées)
Armoise (Artemisia vulgaris, astéracées)
Baies de genièvre (Juniperus communis, cupressacées )
Écorces d'arbre et même jusquiame (Hoscyanus niger, solanacées),
l'herbe aux sorcières réputée très dangereuse.
Cette tradition de bière aromatisée se retrouve plus tard
avec une nouvelle épice, le houblon (Humulus lupulus, cannabacées
) qui détrônera toutes les autres.