
BRILLAT-SAVARIN
Jean-Anthelme : magistrat et gastronome, né à Belley
dans l'Ain et plus particulièrement dans le Bugey en 1755
et décédé à Saint Denis en 1826. Sa
jeunesse, passée dans sa province natale, lui enseigna
l'art de bien manger. Et l'Ain lui donne bien des raisons de se
régaler. La tradition cuisinière de l'Ain, entre
Quenelles, Comté et Bleu de Gex, entre les poissons des
Dombes et le chapon de Bresse, n'est plus à démontrer
et s'il fallait le faire, nous en laisserions l'honneur à
Georges Blanc, Paul Bocuse ou Alain Chapel. Après ses études
de droit à Dijon, il devint avocat, député
à l'Assemblée contituante puis, président
du tribunal civil de l'Ain, maire et commandant de la garde nationale
; après la chute des Girondin, il du s'exiler en Suisse
; de retour en France, il finit par s'embarquer ves les Etats-Unis
où il vécu de leçons de français et
d'un emploi de violon. Il découvrit la gastronomie locale
dont la dinde, le welsh rarebit, le korn beef, le punch... et
enseigna l'art de cuire les oeufs brouillés à un
chef français de Boston.
Il fut autorisé à regagner la France en 1796 mais
y fut dépouillé de ses biens qu'il tenait du legs
d'une tante "Savarin" à condition qu'il ajoute
son nom à son propre patronyme. Pourtant il fut nommé
conseillé à la Cour de cassation, poste qu'il occupa
jusqu'à sa mort.
Ferru d'archéologie, de chimie, d'astronomie et, bien sûr,
de gastronomie, il fréquentait les restaurants à
la mode et recevais beaucoup chez lui où il faisait lui-même
la cuisine pour ses nombreux amis.
Deux mois avant son décès, le 8 décembre
1825, parut en librairie le livre qui le rendit célèbre
: Les Méditations de gastronomie transcendantes, plus connu
sous le titre : "la Physiologie du goût", où
il dépeint avec science, justesse et humour l'art de bien
manger et analyse précisément les mécanismes
du goût. Son oeuvre n'a pas cessé d'être rééditée
depuis sa parution. Elle est un édifice sur lequel s'appuieront
beaucoup de gastronomes et...de cuisiniers célèbres.
Son nom est associé à de nombreuses préparations
culinaires classiques de haut goût : consommé, bécasse,
croûte, oeuf mollet, timbale, veau ...
Un fromager lui a dédié un fromage fabriqué
en Normandie au lait de vache à pâte molle et croûte
fleurie à 75% de matières grasses, à odeur
de crème prononcée.
Comment un fils d'avocat, juriste lui-même, né à
Belley dans l'Ain a-t'il pu devenir le plus fin connaisseur des
choses du Goût et certainement le premier Gastronome français
?
Quelques citations et aphorismes du Maître
"Bourgogne, Bordeaux ? C'est procès dont j'ai tant
de plaisir à compulser les pièces que je remets
toujours le jugement à huitaine."
"Heureux
chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers
le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux
et fondant de leur bouche."
Gastronomie
: "Connaissance raisonnée de tout ce qui a rapport
à l'homme en tant qu'il se nourrit."
Gourmandise
:" Préférence passionnée, raisonnée,
habituelle pour les objets qui flattent le goût."

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APHORISMES
DU PROFESSEUR
POUR SERVIR DE PROLÉGOMÈNES
à SON OUVRAGE
ET DE BASE ÉTERNELLE À LA SCIENCE.
I. L'Univers
n'est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit.
II. Les
animaux se repaissent; l'homme mange; l'homme d'esprit seul sait
manger.
III. La
destinée des nations dépend de la manière dont
elles se nourrissent.
IV. Dis-moi
ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.
V. Le
Créateur, en obligeant l'homme à manger pour vivre,
l'y invite par l'appétit, et l'en récompense par le
plaisir.
VI. La
gourmandise est un acte de notre jugement, par lequel nous accordons
la préférence aux choses qui sont agréables
au goût sur celles qui n'ont pas cette qualité.
VII. Le
plaisir de la table est de tous les âges, de toutes les conditions,
de tous les pays et de tous les jours ; il peut s'associer à
tous les autres plaisirs, et reste le dernier pour nous consoler
de leur perte.
VIII.
La table est le seul endroit où l'on ne s'ennuie jamais pendant
la première heure.
IX. La
découverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du
genre humain que la
découverte d'une étoile.
X. Ceux
qui s'indigèrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni
manger.
XI. L'ordre
des comestibles est des plus substantiels aux plus légers.
XII. L'ordre
des boissons est des plus tempérées aux plus fumeuses
et aux plus parfumées.
XIII.
Prétendre qu'il ne faut pas changer de vins est une hérésie;
la langue se sature; et, après le troisième verre,
le meilleur vin n'éveille plus qu'une sensation obtuse.
XIV. Un
dessert sans fromage est une belle à qui il manque un oeil.
XV. On
devient cuisinier, mais on naît rôtisseur.
XVI. La
qualité la plus indispensable du cuisinier est l'exactitude
: elle doit être aussi celle du convié.
XVII.
Attendre trop longtemps un convive retardataire est un manque d'égards
pour tous ceux qui sont présents.
XVIII.
Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel
au repas qui leur est préparé, n'est pas digne d'avoir
des amis.
XIX. La
maîtresse de la maison doit toujours s'assurer que le café
est excellent; et le maître, que les liqueurs sont de premier
choix.
XX. Convier
quelqu'un, c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps
qu'il est sous notre toit.
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